Un regard entièrement frioulan— Bianca Felicori

Il Friuli Venezia Giulia è una regione meravigliosamente complessa, ricca di sfumature culturali, di energie e tensioni diverse — politiche, sociali, economiche — che confluiscono in un’identità collettiva e in una morfologia territoriale unica nel suo genere. È il risultato di una lunga e intensa stratificazione storica, punto nevralgico durante i due conflitti mondiali. Fatta di paesaggi eterogenei, il mare Adriatico, le Alpi, il Carso, il fiume Le Frioul-Vénétie Julienne est une région merveilleusement complexe, riche en nuances culturelles, en énergies et tensions diverses — politiques, sociales, économiques — qui convergent vers une identité collective et une morphologie territoriale uniques en leur genre. Elle est le résultat d’une longue et intense stratification historique, point névralgique lors des deux conflits mondiaux. Constituée de paysages hétérogènes — la mer Adriatique, les Alpes, le Karst, le fleuve Tagliamento — c’est une région osmotique, où les frontières avec les pays voisins s’estompent et s’annulent, jusqu’à devenir parfois presque invisibles. Une région où l’architecture a joué un rôle fondamental au cours des XIXe et XXe siècles, mais qui est restée pendant des décennies peu valorisée et qui est aujourd’hui mise en lumière selon de nouveaux points de vue. L’architecture moderne frioulane a en effet toujours été considérée comme la « sœur moins brillante » de l’architecture vénitienne, éclipsée par la puissance conceptuelle de la « Scuola di Venezia ». En outre, ces dernières années, le manque d’interventions d’architecture contemporaine, à petite comme à grande échelle, n’a certainement pas aidé à valoriser l’histoire architecturale de cette région à la fois si complexe et si fascinante, précisément en raison de son osmose territoriale et culturelle avec les pays limitrophes. Laissés dans l’ombre, oubliés par la critique et l’histoire de l’architecture, de nombreux maîtres frioulans sont aujourd’hui redécouverts grâce à des opérations médiatiques et à l’utilisation de ces architectures comme décors d’éditoriaux, de vidéos ou de séances photographiques. Pensons par exemple à Marcello D’Olivo. Élève de Giuseppe Samonà et de Carlo Scarpa à l’IUAV de Venise, D’Olivo mène son activité d’architecte parallèlement à celle de peintre et à sa passion pour les études de mathématiques, de physique et de statique. Ses architectures, comme les villas Spezzotti et Mainardis ainsi que l’ensemble du plan régulateur en spirale de Lignano Pineta, s’inspirent des formes sinusoïdales dérivées précisément de sa passion pour les sciences de la construction et les sciences exactes. Un organicisme où les formes concaves et convexes, souvent présentes dans ses projets, découlent autant de la richesse du monde naturel que des sciences mathématiques.

Découvrez la Villa Spezzotti

Découvrez la Villa Scarpa

Les œuvres des grands maîtres elles-mêmes, comme la villa Veritti de Carlo Scarpa à Udine, peinent à émerger dans les livres d’architecture, qui privilégient d’autres projets célèbres tels que la tombe Brion et le magasin Olivetti.

Chef-d’œuvre réalisé à la fin des années 1950 (1955-61), cette villa unifamiliale rassemble tous les éléments caractéristiques et récurrents des architectures de Scarpa : le stuc vénitien, l’enduit traité au lait de chaux appliqué à la spatule, le béton bouchardé et ses merveilleuses boiseries en acajou. Cela peut résulter d’un choix critique qui, au fil du temps, a également pu être influencé par un désavantage géographique, bien qu’Udine ait été une ville riche en grands architectes, tous passés cependant par l’IUAV, qui les a en quelque sorte transformés en « produit vénitien », comme D’Olivo lui-même, Gino Valle, Gianni Avon et Angelo Masieri.

Ces dernières années, de nombreuses entreprises ont choisi de mettre en valeur leurs produits à travers une sélection soignée des architectures servant de toile de fond à leurs éditoriaux, qu’il s’agisse d’un objet de design ou d’une collection de vêtements. Pourtant, Biliani semble aller plus loin, car elle ne souhaite pas seulement travailler sur la relation entre produit et architecture dans les prises de vue, mais aussi construire une narration autour des lieux choisis comme décor. Et cela représente pour l’entreprise une manière de raconter le produit et d’offrir un nouveau point de vue, presque intime, personnel : un récit du Frioul-Vénétie Julienne à travers l’histoire du produit et de ses lieux. Un regard entièrement frioulan, destiné à mettre en lumière ces lieux merveilleux et oubliés qui méritent d’être valorisés.

Bianca Felicori, diplômée du Politecnico di Milano avec une thèse en histoire de l’architecture, est chercheuse à UCLouvain. Depuis 2019, elle dirige le projet Forgotten Architecture, une plateforme consacrée aux architectures oubliées, devenue également un livre publié par Nero Editions, dont l’inspiration provient notamment des architectures de Marcello D’Olivo en Frioul-Vénétie Julienne. @biancafelicori